L'éditorial du mois

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Après le VIII ème Festival del Habano

 

Ce VIII ème Festival du Habano a été assez conforme aux précédentes éditions, avec ses déceptions et ses bonnes surprises. D'abord, les motifs d'irritation.

Deux, mauvaises, surprises en consultant, avant mon départ pour La Havane, le site officiel d'Habanos s.a.. Présentant ce Festival, ce site parle de 34 marques de Habanos. Alors qu'on n'en compte que 33. Or, dans un entretien accordé à la revue "Excelencias", Oscar Basulto, co-président d'Habanos s.a., affirme: "Avec plus de 30 marques sur le marché, nous ne voyons pas la nécessité, aujourd'hui, d'en lancer une nouvelle." Quelqu'un relit-il les écrits du site officiel d'Habanos s.a.?

Plus grave, car j'étais concerné, toujours sur ce même site, un paragraphe était consacré au concours "Habanossommelier". Cinq lignes pour annoncer la 5ème édition de cette compétition, dont trois réservées à une seule concurrente! Une espagnole, nommée (avec précision du restaurant où elle travaille et liste de ses précédentes réussites). En outre, elle était présentée comme la première femme candidate à cette épreuve alors que deux femmes russes avaient concouru lors d'éditions précédentes. Pas un mot sur les autres candidats. Coprova m'avait demandé de figurer dans le jury. Dès mon arrivée, j'ai protesté, arguant que cette espagnole devait être mise hors-concours. J'ai proposé de créer un prix spécialement pour elle. Président du jury, avec un grand sourire, Simon Chase (créateur du concours) s'y est opposé. Il a commencé par dire qu'il n'avait pas eu connaissance de ce texte, avant de reconnaître qu'il en avait eu écho mais que ce texte resterait sans influence. Les autres jurés l'ont appuyé. Simon a alors promis de faire une déclaration juste avant la finale. Et puis, au moment où celle-ci démarrait, il m'a promis de rapporter la protestation du jury aux responsables d'Habanos, le lendemain.

Comme annoncée, l'espagnole a gagné. Je dois reconnaître qu'elle était une bonne candidate. Mais certes pas meilleure que ses cinq adversaires. La concurrente cubaine m'a fait savoir que son comité avait décidé de boycotter, à l'avenir, ce concours, du moins tant que la composition du jury ne serait pas profondément changée. Honnêtement, ce concours n'a pas le jury qu'il mérite. Au fil des ans, j'ai constaté (deux fois comme juré, deux fois comme simple observateur) la progression des candidats dont les connaissances et la maîtrise, au fil des ans, s'affirment. Eux, à l'évidence se donnent du mal, prennent très au sérieux cette compétition.

Voilà pour les récriminations.

Elles ne me font pas oublier les bonnes surprises vécues à La Havane. D'abord cette rencontre avec Norma Fernandez Sastre. Un petit bout de femme de 57 ans qui, pendant 16 ans – de 1972 à 1988 – a roulé, seule et isolée dans une pièce, les Lanceros de Fidel Castro (vous lirez son histoire dans le prochain "Club Cigare"). Aujourd'hui, sur un vapor (l'établi du torcedor) placé à part des autres (toujours l'isolement) du Salón 6 (à El Laguito on ne parle pas de galères mais de salons), c'est elle qui roule les 4 000 Behikes qui seront commercialisés par 40 unités (chaque cigare étant numéroté), placés dans 100 humidors de prestige signés Elie Bleu. Coût (départ de La Havane) de chaque coffret: 15 000Eur!

Sans aucun doute ces Behikes, spécialement créés pour le 40ème anniversaire de Cohiba, sont des habanos d'exceptions. Les feuilles qui les composent ont 5 ans d'âge. Mais bon, même en ôtant 2 000Eur pour le coffret Elie Bleu, cela nous met le Behike à plus de 300Eur pièce (départ de La Havane). Un Habano réservé aux collectionneurs! Pas le plus cher, cela dit, puisque j'ai vu chez don Alejandro Robaina, un Tubos de Dunhill (un Coronas grande) que lui avait offert un milliardaire malais qui venait de payer 25 000 $ une boîte de 25 lors d'une vente aux enchères. Je rappelle que Dunhill a rompu ses relations avec Cuba en 1991 (comme Davidoff). Ce "tubos" à 1 000 $  avait donc entre 26 et 15 ans. C'est décidément bien cher pour un habano historique. Combien se vendront ces coffrets de Behike dans 15 ou 20 ans?

Plus abordables? H. Upmann prépare le lancement de coffrets spéciaux garnis de Tacos (le même format que l'Edición Limitada du Partagás Série D N° 2). Ces coffrets, baptisés "Replique" pourraient être commercialisés à partir de cet automne (Dominique Couvreur devrait vous en dire plus dans "Club Cigare"). À quel prix? Mystère pour l'instant. Ceux que j'ai fumés, bien que très jeunes, témoignaient déjà d'une belle rondeur. Une vitole à guetter.