L'éditorial du mois d'avril
Retour de Festival
L'habitude rend-elle plus indulgent? Je rentrais des premiers "Festival del Habano" plutôt déçu. Je reprochais à ces "grands-messes" du cigare de donner par trop dans l'auto satisfaction. J'ai trouvé ce IXe Festival moins vain. Oh! Je n'ai pas tout apprécié, loin de là.
Il y a d'abord eu ces mesures – aussi détestables que ridicules - prises par la Sécurité (agissant sous le couvert des Douanes): fermeture du stand de "l'Amateur de Cigare" et confiscation de 3 des 5 numéros qu'exposait "Club Cigare" qui, pour la première fois, tenait un stand! Décisions prises sans la moindre explication. Précision: "l'Amateur" et "Club Cigare" étaient les deux seuls représentants de la presse cigare. Depuis deux ans, "Epicur" a décidé de snober cette manifestation. Mais de cette "exception française" les Cubains n'ont pas fait grand cas. Et les gens d'Habanos S.A. ne sont pas les derniers à jouer la carte du mépris à l'égard de se qui se passe dans l'Hexagone. Leur arrive-t-il de lire les chiffres? La France est, en valeur, leur premier client. Et, depuis l'arrivée à la tête de la coprova de Jorge-Luis Fernández Maique, la France est également le seul pays au monde où tous les habanos du catalogue sont en vente. Cela mériterait un minimum de reconnaissance, sinon de considération. Passons…
Ce IXe Festival m'a paru plus "musclé" que ses précédentes éditions. On y a parlé davantage habanos qu'avant. Un chiffre a même été communiqué (une première, si mes souvenirs sont exacts): Habanos S.A. a réalisé un chiffre d'affaires de 370 millions de dollars en 2006. En progression de 8 %. Certes, pas de précisions quant au volume de production. Les responsables de la société reconnaissent, implicitement, qu'il est en légère baisse. La faute aux campagnes et mesures anti-tabac qui triomphent dans ce que j'appellerais les pays riches. Un effritement compensé, donc, par l'arrivée d'habanos plus chers, plus sophistiqués, telles ces "ediciones limitadas" (trois nouvelles annoncées pour 2007: l'Escudos de Romeo y Julieta (un gordito, comme le La Fuerza de San Cristóbal de La Habana), le Regalias de Hoyo de Monterrey (un court corona gorda) et l'Ingenios de Trinidad (un Cervantes, type Montecristo N° 1, drôle de choix, ce module n'étant guère à la mode).
Outre ces "ediciones limitadas", Habanos lancera un nouveau coffret "Reserva". 20 unités, présentées dans un coffret noir et élaborées à partir de feuilles de 3 ans d'âge. Un vrai millésimé, donc. La vitole choisie: le Montecristo N° 4. Un choix un peu surprenant: cet ex-N°1 mondial est aujourd'hui quelque peu délaissé. Mais… un milliard de Montecristo 4 ont été vendus depuis son lancement, en 1935. Les Cubains, comme me le rappelle ma femme, sont d'incorrigibles romantiques.
Deux autres coffrets, à tirage très limités (de 200 à 500 exemplaires selon les cas), où reposent des habanos aux formats inédits, seront proposés. Des Magnum Especial de H. Upmann, présentés, par 20, dans un réceptacle format gros livre et 50 Partagás Sobresalientes (un format créé en 1920 et aujourd'hui oublié; 153 mm de long, cepo 53) rangés dans un coffret, copie de celui de l'époque.
Annoncées également, pas moins de 10 éditions régionales! Il y en aura pour tous… sauf pour la France! Il faudra aller au Benelux pour découvrir le Specially Selected Gran Robustos de Ramon Allones (un robusto de 141 mm de long), en Suisse pour savourer le Robustos de Punch et l'Eminencia de Ramon Allones (143 mm de long, cepo 44) et en Espagne pour découvrir le Vitola Maestros de Vegas Robaina (un autre robusto de 141 mm de long). Je passe sur ces vitoles spécialement roulées pour les Pays Baltes, le Canada, le Moyen-Orient, l'Asie et le Mexique. Je ne pense pas avoir beaucoup de lecteurs dans ces pays. Naturellement je suis prêt à faire amende honorable et à communiquer aux intéressés le nom des merveilles qui leur sont destinées.
Le moment phare de ce Festival était le lancement des 3 Cohiba Maduro. De leur nom complet: "Cohiba – Linea 5 Maduro". Pourquoi 5? Parce que leurs capes ont vieilli pendant cinq ans. Dans mon précédent éditorial, j'avais émis quelques a priori quant à cette nouvelle ligne Cohiba. Cohiba est certes relativement jeune (41 ans d'existence) mais cette marque de prestige (la plus prestigieuse selon Habanos S.A.) avait – outre le choix méticuleux de ses feuilles et sa célèbre troisième fermentation – cette particularité: celle de posséder l'éventail de nuances de couleurs de capes le plus resserré. Chez Cohiba on éliminait et les capes trop claires et les trop foncées. Voici que la marque décide de sacrifier à cette vogue venue des Etats-Unis des capes presque noires. Parce que ces nouvelles vitoles "maduro" se vendront plus chères si elles sont baguées Cohiba? Je trouve ce raisonnement trop simpliste et franchement lamentable. Il arrive, certaines années, à Château Yquem de produire des blancs secs. Ses propriétaires ne les commercialisent pas sous ne nom de "Château Yquem – Sec", mais sous l'appellation "Château Y".
Ces trois "maduro"? Il y a d'abord le Secretos. Le format du Reyes de Trinidad (l'excroissance de la perilla en moins). Puis le Mágicos, quelques mm plus long que le Petit Edmundo. Enfin le Genios , de 5 mm plus long que l'Edmundo. Les exemplaires que nous avons fumés avec Jean Christiansen ("L'atelier Berger"), pour "Club Cigare", étaient certes trop jeunes. Mais, hormis le Mágicos qui nous a paru riche de promesses, les deux autres nous ont semblé fort éloignés de la rondeur et de la suavité Cohiba.
Pour finir sur une note optimiste, à propos de Cohiba, je tiens à me féliciter de la nomination, à la tête de El Laguito, de Rafael Collazo Cabrera. Un ancien professeur d'université qui a fait ses preuves comme directeur de manufacture, à Heroes del Moncada puis chez Romeo y Julieta (dont la manufacture doit être rénovée). Autre précision: à partir d'avril, toutes les ediciones limitadas et coffrets spéciaux seront réalisés chez El Rey del Mundo (elle aussi en cours de rénovation) où officieront 300 torcedores, tous de 9e catégorie (la plus haute).
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