Le Roman de Romane

"Ce sera le premier bébé à avoir son roman avant même sa naissance" – c’est ainsi que papa et maman justifient le commencement de cet ouvrage. Pour ma part, je suis très bien, neuf mois durant, dans le ventre de maman, et je suis loin de me douter de tout ce qui se trame à l’extérieur pour préparer ma venue.

 

Tout commence…en Bourgogne. Il parait que c’est une région merveilleuse, où il fait bon vivre, surtout en ce 21 juillet 2002, où l’on mange bien et où l’on boit d’excellents vins. Mes parents disent que c’est un lieu idéal pour commencer à exister. Je les crois sur parole, d’autant plus qu’aux vues des photos, cela a l’air très « romantique »… « romantique »…mon prénom viendrait-il de là ? ?

 

Ce n’est qu’une semaine après ce séjour bourguignon que mes parents réalisent véritablement ma présence – c’est vexant : je suis là mais personne sur terre ne le sait ! Comment est-ce possible ? Surtout que, lorsque je me déclare ce 4 août, c’est le branlebas de combat…Bizarre comme un simple test de grossesse peut tout changer dans la vie d’un couple. Ils restent sans voix, mes parents – pourtant je ne suis alors qu’un zygote ! même pas, une poche utérine ! Rien de bien impressionant. Il montrent ma première photo à tout le monde… la honte !

Je crois qu’ils sont déjà gagas – ça promet.

 

 

P.S :

 

La version de papa est un peu différente : il situe, lui, le début de mon existence un peu plus tôt….. un peu comme un conte « il était une fois » un escalier. Un escalier que mes chers parents avaient décidé de construire peu de temps après l’acquisition de leur maison du n°12 av. Rutten.

 

La construction de l’escalier en question engendra un vrai chantier avec son lot de crasse et de poussière. Dans ces conditions, il n’était « pas question d’enfant » tant qu’ils ne seraient pas sortis des travaux.

 

Et voilà qu’au soir du 14 juillet 2002, après une journée de labeur passée avec six amis à fixer les derniers limons, montants et traverses, l’escalier est enfin placé.

Et c’est au soir du 14 juillet 2002 que se situent les prémices de ma propre vie.

 

En ce début d’été 2002, je ne suis encore que poussière d’Etoile. En cette fin de mois d’août de la même année, je suis déjà un zygote, première étape de la vie embryonnaire après les premières divisions cellulaires.

C’est sous cette forme qu’ils prennent connaissance de mon existence, un dimanche matin.

 

Ils avaient quelques doutes depuis plusieurs jours. Du fait que la Nature a ses caprices et exigences, avec comme conséquences que de nombreux futurs parents ont dû attendre d’interminables mois ou années avant qu’un espoir de vie nouvelle ne se concrétise, ils n’espéraient pas trop.

 

Et là en un coup, c’est la surprise de la Nouvelle. Ce jeudi 8 août 2002, le verdict du gynécologue vient confirmer les tests « Super-GB » faits de batonnets ridicules qui annoncent en deux barrettes rose-foncé que votre vie va basculer.

 

« Ah bah oui, vous êtes bien enceinte ».

 

Quelques mots anodins mais lourds de conséquences

Quelques mots formidables.

 

De couple, papa et maman deviennent parents. De jeunes cons, ils passent à vieux cons. D’égocentriques, ils deviennent donneurs du plus beau des cadeaux : la vie.

 

J’essayerai de m’en souvenir lorsqu’à l’âge ingrat de l’Adolescence, je remettrai tout en question autour de moi …

 

Notons cependant qu’en ce début de 21ème siècle, les gynécologues ne sont pas plus précis que les météorologues et n’aiment par ailleurs pas trop prendre de risque en annonçant une date de conception, de fécondation et au bout du compte une date de naissance.

 

En conséquence, je suis tour à tour prévu pour naître le 23/04/2003 voire le 08/04/2003 ou même le 13/04/2003.

 

Mais si les techniques modernes ne permettent pas encore de déterminer avec exactitude une date de naissance, il est par contre devenu presque automatique de connaître le sexe de son enfant.

 

Et là, ce sont mes parents qui manquent cruellement de modernisme puisqu’ils décident tout d’abord de ne pas connaître mon orientation « fille » ou « garçon » et de garder la surprise de ce grand mystère jusqu’à ma naissance.

 

La question est à la fois métaphysique mais aussi très pratique :

Nombreux sont les spécialistes à penser et à démontrer que pour le développement de l’enfant, il est important de lui parler dès le 4ème mois de grossesse et si possible en l’appelant par son prénom.

Tout aussi nombreux sont leurs couples d’amis et parents à avoir vanté les avantages de connaître le sexe de l’enfant dans le cadre de la décoration de la chambre du bout de choux et des choix de ses vêtements.

 

La grande question est celà dit : combien de temps tiendront-ils avant de briser ce seul grand mystère qui leur soit proposé.

 

C’est à partir de ce début de mois d’août que tout s’enchaine : l’annonce aux proches, la recherche des prénoms, les visites médicales, les préparatifs mentaux, physiques et administratifs.

 

Le plan d’attaque commence véritablement le week end du 15 août. Papa et maman l’annoncent d’abord à Papy et Mamy, les parents de mon papa. Puis Tonton Jean-Marc, le frère de maman, vient à Bruxelles avec Audrey ; ils l’annoncent aussi à Tatie Tyne, la soeur de papa (les cousines Marie et Laura sont ravies) et aux cousins de maman à Wanlin. Enfin, direction Paris pour le choc final à mes grands parents maternels qui ont du mal à réaliser que leur fille va être maman à son tour.

En toute modestie : je fais un tabac. Pleurs, rires, étonnement, c’est génial, tout est filmé donc je peux le regarder à volonté. Si vous le voulez, je vous le montrerai c’est très comique.

 

Les mois suivants me sont presqu’entièrement consacrés…bon, ils ont également leur vie privée, et leur vie professionnelle qui leur prend énormément de temps, mais moi, c’est sûr, j’occupe toutes leurs pensées.

 

Un jour à marquer d’une pierre blanche : le 10 décembre 2002. C’est le jour de la grande échographie morphologique. Là, avenue de l’armée avec le Dr Ganz, papa et maman s’extasient devant mon petit corps de 29 cm, qui a déjà presque tout, là où il faut. Mes organes fonctionnent bien, j’ai un belle petite tête et…je suis une magnifique princesse…Bon, pour parler franchement, je crois qu’ils n’ont pas réalisé tout de suite, lorsque le gynécologue leur a dit « c’est une demoiselle », tout ce qu’ils ont trouvé à répondre c’est « ben c’est pas possible, il va s’appeler Lancelot … ». Et le Dr Ganz d’improviser « vous pouvez toujours essayer, mais à mon avis à la commune ils vont faire la tête ».

 

La réalité est qu’ils sont captivés par moi, tout court, et ne décrochent pas du petit écran. Ils guettent chaque mouvement, et sont si heureux et soulagés à chaque fois que la caméra braque un nouveau membre et que le Dr s’exclame « ça, c’est parfait, passons au membre suivant… ». Quel bonheur pour eux, cette écho-morphologique, ils en parleront longtemps je crois.

 

Ce n’est qu’en sortant du cabinet, morts de rire après que le Docteur les ai salués en disant « et oubliez Lancelot !» devant la salle d’attente attendrie, qu’ils ont réalisé qu’ils allaient avoir une petite fille…Encore une fois, ils sont restés sans voix. Puis cela fuse de tous les côtés « une fille ! une fille ! c’est génial ! ! ! une petite fille… » . Maman s’extasie devant les talents de papa « comment as tu réussi à me faire une fille…. ? du premier coup ! ! ! »  et elle ne cessait de répéter, en pleine rue « une fille… ! une fille » en faisant déjà des plans « c’est génial pour Claudine, elle sera une marraine formidable ! ! et ma mère va être si émue….et Jmarc, il sera un parrain extraordinaire, il a toujours eu le feeling, surtout avec les petites filles et oh mon père, ça va être une catastrophe… complètement gateux… »

 

Papa et maman se regardent, au milieu de l’avenue de l’armée, en face d’une pharmacie, et s’exclament, en coeur « Romane ! ». Jusque là, ils avaient une multitude de prénoms féminins en tête, mais aucun ne ressortait du lot. Pourtant, à ce moment-là, le choix leur apparait si clair…

 

En retournant à son travail, maman reçoit deux messages écrits de papa sur son téléphone. L’un dit simplement « Romane, Romane, Romane, Romane, Romane, Romane, Romane, Romane, Romane …» et date du 10/12/02 à 10h31 ; l’autre « I love Romane et Tinam » à 11h03. Maman les a conservés longtemps en mémoire, je pense bien qu’elle a pleuré en les lisant.

 

Après, c’est rigolo, ils décident de garder le mystère sur mon identité chromosomique pendant 4 mois. Ils veulent faire la surprise à tout le monde. Surtout que tous prédisent un garçon – ils rigolent bien, intérieurement, à chaque prémonition...mais quand même, ce n’est pas évident ! Ils se vendent plusieurs fois, mais personne ne le remarque, donc la surprise est totale, pour tous, à ma naissance. Ce qui est exactement ce qu’ils désiraient.

 

Tout se passe bien, la fin d’année est assez tranquille.

Nous voici à Noël et le bidon de Maman commence à se voir

Ma Marraine

Mon Parrain

                                                         

2003 démarre plus rudement : ils tombent tous les deux malades à la suite du réveillon et ont très peur pour ma santé. C’est seulement à la mi-février que les analyses révèlent que toute trace de virus a finalement disparu chez maman.

 

Aussi, papa change de position chez smart, il devient ‘fleet manager’ ou un truc du genre. En tout cas il a beaucoup de boulot et est tout le temps sur les routes. Ils s’activent autour de la maison, heureusement bien épaulés par Papy. Chaque week end ils font des courses, préparent ma chambre, et essaient de se reposer aussi un maximum. Maman commence à fatiguer, je le sens, en ce milieu de 6ème mois. Le travail devient pénible. Elle fait du yoga, le lundi soir, cela l’aide à décompresser. Elle a commencé aussi les séances de kinésithérapie pré-natale, accompagnée de papa. Qu’est ce que je rigole de les voir faire leurs exercices de respiration et de relaxation ! J’hésite à vous dire s’ils sont mignons ou ridicules. Je penche pour mignons.

 

La fin de la grossesse se passe à merveille. Maman se sent de mieux en mieux dans sa peau, et dans sa tête. Pour ne pas que tout soit trop parfait quand même, je décide de me retourner à la 36ème semaine : tête en haut, c’est plus rigolo !

Papa et maman ne sont pas de cet avis : eux qui ont suivi toute la préparation à un acchouchement naturel, les voilà confrontés à la possibilité d’une césarienne, ou d’un accouchement en siège. Pendant deux semaines, maman essaie de me convaincre de me mettre en bonne position….allez, une dernière pirouette, et je me remets la tête en bas. C’est vraiment pour leur faire plaisir, car moi j’étais bien…

Tout rentre dans l’ordre donc, à la 38ème semaine.

Maman travaille jusqu’au dernier moment, le vendredi 4 avril – elle est bien contente de se reposer ensuite, surtout qu’il y a encore beaucoup de préparatifs avant ‘le JOUR J’

                                                                                                               

 

Je décide finalement d’arriver le 13 avril 2003 à 05h49, je pèse 3,600kg et mesure 52,5 cm

 

Dans la salle d'accouchement, Laurent Voulzy chante...rien que pour moi....

"C'est une fille d'avril...Pauvre de moi

Une fille difficile...Elle ne veut pas

découvrir d'un fil...Tout ce qu'elle a

Ni son coeur, ni son corps..."

 

Etrange hasard: je fais un plaisir incroyable à Maman en naissant un "13", tout comme elle (13 septembre), ainsi que ma grand mère (13 février), la fameuse 'marraine Zézée', (13 mars) et de nombreuses autres personnalités de la famille...

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Papa et maman laissent la plume. La suite du roman, il parait que c’est à moi de l’écrire

 

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